Cela dépend entièrement de qui est votre client, et il y a trois réponses différentes. Si c'est une entreprise française assujettie à la TVA, la facture arrive dans sa plateforme agréée et il ne la reçoit plus par e-mail. Si c'est un particulier ou un non-assujetti, rien ne change dans le circuit — mais rien n'est prévu pour lui non plus. Si c'est un client établi à l'étranger, il est hors du dispositif et continue de recevoir vos factures comme avant.
La quasi-totalité des contenus disponibles traitent la réforme du point de vue de celui qui reçoit ses factures fournisseurs. Cet article prend l'angle inverse : ce que vos propres clients vivent quand vous leur facturez, et ce que vous pouvez voir de votre côté.
Cas 1 : votre client est une entreprise française assujettie
C'est le cas central de la réforme. Votre plateforme agréée interroge l'annuaire national pour identifier la plateforme de réception de votre client, à partir de son SIREN ou de son SIRET, puis lui transmet la facture. Celle-ci passe une série de contrôles techniques et, si elle est conforme, devient consultable dans l'interface de sa plateforme.
Contre-intuitivement, votre client la retrouvera probablement mieux qu'avant. Là où il devait auparavant fouiller sa boîte mail, plusieurs portails fournisseurs et parfois du courrier, il dispose désormais d'un point d'entrée unique pour toutes ses factures entrantes, avec des notifications et un rapprochement comptable largement automatisé. L'administration présente d'ailleurs cette centralisation comme l'un des bénéfices attendus de la réforme.
Ce qu'il perd, en revanche, c'est le lien direct avec vous. Il ne vous écrit plus, il ne voit plus votre marque, et l'échange devient une transaction entre deux systèmes.
Cas 2 : votre client est un particulier ou un non-assujetti
Les ventes aux particuliers ne relèvent pas de la facturation électronique obligatoire. Le ticket de caisse, la note et la facture remise à un client non professionnel restent parfaitement valables, et vous pouvez continuer à envoyer un PDF par e-mail ou un document papier. En contrepartie, les données de ces transactions doivent être transmises à l'administration via le e-reporting, selon le même calendrier que l'obligation d'émission.
Cette catégorie est plus large qu'il n'y paraît : particuliers, associations non assujetties, certaines structures relevant de la franchise en base. Pour eux, la réponse à la question « où vais-je retrouver ma facture » reste exactement ce qu'elle était avant la réforme — c'est-à-dire nulle part en particulier, sinon dans leur boîte mail.
Cas 3 : votre client est établi à l'étranger
Les transactions internationales ne transitent pas par les plateformes en e-invoicing. Elles relèvent du e-reporting : vous transmettez les données à l'administration, mais la facture elle-même continue de circuler selon vos modalités habituelles. Pour ces clients, la réforme est invisible.
Ce que vous voyez de votre côté : les statuts du cycle de vie
C'est le point le plus utile au quotidien, et le moins documenté. Chaque facture émise porte désormais un statut qui vous renseigne précisément sur ce que votre client a — ou n'a pas — sous les yeux. Les libellés exacts varient légèrement d'une plateforme à l'autre, mais la logique est commune.
| Statut | Ce que ça signifie | Ce que voit votre client |
|---|---|---|
| Déposée | Votre plateforme a pris la facture en charge | Rien encore |
| Déposée, motif « non transmise » | Aucune plateforme de réception active n'a été trouvée pour votre client | Rien, et il ne recevra rien |
| Mise à disposition | La facture a passé les contrôles et est accessible chez lui | La facture, dans son interface |
| Rejetée | Anomalie technique : format, donnée manquante, routage | Rien — à corriger et retransmettre |
| Refusée | Votre client a explicitement refusé la facture, avec un motif | La facture, qu'il conteste |
La distinction entre « rejetée » et « refusée » est importante et souvent confondue. Le rejet est technique et vient d'une plateforme ; le refus est une décision de votre client, obligatoirement motivée, et limité aux motifs prévus par la norme. Un simple litige commercial n'est pas un motif de refus.
Le cas qui va vous occuper cet automne
Le statut « non transmise » est celui que vous verrez le plus dans les prochaines semaines. Il signifie que votre client n'a pas encore de plateforme de réception active, ou que les informations d'adressage sont erronées. La facture n'arrive nulle part, et votre client ne sait même pas qu'elle existe.
La marche à suivre : vérifiez d'abord les données que vous utilisez — SIREN, SIRET, établissement destinataire — car une donnée obsolète dans votre fichier client est la cause la plus fréquente. Rapprochez-vous ensuite de votre plateforme pour déterminer s'il s'agit d'un problème de routage ou d'une absence réelle. Puis contactez votre client pour confirmer ses informations de réception, en gardant une trace de l'échange.
Attention au réflexe inverse, en revanche : lorsque le flux électronique fonctionne, envoyer systématiquement un double par e-mail crée chez votre client un risque de double comptabilisation et de double paiement. Nous détaillons cette nuance dans notre article sur l'envoi de factures par e-mail après le 1er septembre 2026.
Ce que la réforme ne prévoit pas
La réforme organise la transmission réglementaire entre systèmes. Elle ne dit rien de l'accès humain aux documents, et c'est là que subsistent quatre angles morts.
- Les clients hors périmètre. Particuliers, non-assujettis, clients étrangers : aucun circuit n'est prévu pour eux, et ils représentent souvent une part importante de la base clients.
- Le multi-contact. La facture arrive dans la plateforme du client, donc chez sa comptabilité. L'opérationnel qui a passé la commande, lui, ne voit rien et vous appellera.
- Tout ce qui n'est pas une facture. Devis, contrats, avenants, bons de livraison, échéanciers, attestations : rien de tout cela ne circule dans le dispositif.
- L'historique. Les factures antérieures à la réforme ne sont nulle part dans le nouveau circuit. Un client qui cherche une facture d'il y a deux ans est dans la même situation qu'avant.
Sources
- DGFiP — Facturation électronique : guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026
- economie.gouv.fr — Tout savoir sur la facturation électronique pour les entreprises
- impots.gouv.fr — Je découvre la facturation électronique
- Code général des impôts, articles 289 bis, 289 E, 290 et 290 A
Customer Portal Connect n'est pas une Plateforme Agréée et n'assure aucune fonction de transmission réglementaire des factures. Les libellés de statuts peuvent varier selon les plateformes. Cet article présente une analyse à visée informative et ne constitue pas un conseil fiscal.